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Les conférences et sommets qui se tiennent depuis quelques années sur l’environnement sont impressionnants et largement relayés par les médias. Ils se succèdent et se ressemblent. Beaucoup de bonnes intentions et de discours à chaque COP (conférence des parties). Peu de résultats et d’action. Les bottines ne suivent pas les babines. Rares sont les problématiques qui ont suscité un tel intérêt. La paix, la santé ou la famine ne rassemblent pas autant de dirigeants ni ne nécessitent des réunions si fréquentes au niveau international. Tant mieux pour l’environnement! Au moins si, au bout du compte, les résolutions prises étaient appliquées sur le terrain!

Voici quelques rencontres qui ont jalonné notre histoire récente depuis le Sommet de la Terre de Rio (1992). Il y eut le Protocole de Kyoto (1997) où 37 pays se sont engagés à réduire leurs GES. 193 pays l’ont ratifié. Il est entré en vigueur en 2005. Il y eut l’Accord de Paris (2015) où le réchauffement climatique est officiellement reconnu. La majorité des pays promettent de suivre des mesures restrictives afin de limiter la hausse des températures à 1,5oC.

Joe Biden réunit un sommet sur le climat par visioconférence (avril 2021). Les 40 chefs d’État convoqués s’engagent à prendre action. La crise climatique constitue une «menace existentielle» selon le président. Il propose le Green New Deal, programme écologique, économique, politique et éthique ambitieux.

La COP26 à Glasgow (2021) n’aboutit à rien de contraignant, comme d’habitude. La participation des États est nombreuse. 190 pays y sont présents, sans la Russie et la Chine, deux principaux pollueurs qui boycottent les accords. Plusieurs pays et villes s’engagent à ne plus émettre aucun GES d’ici 2050.

La COP27 à Charm el Cheikh, (novembre dernier), crée un fond annuel de 100 milliards de dollars pour compenser les pays ayant subi des «pertes et des dommages» dus aux changements climatiques.

Maintenant, la COP15 onusienne sur la biodiversité, qui se déroule à Montréal, réunit les ministres de l’Environnement et diplomates de 186 pays. Ce sont des négociateurs sans pouvoir décisionnel. On tentera encore de plaider pour la protection de l’écosystème en sonnant une fois de plus l’alarme sur la disparition d’un million d’espèces. Notre pollution et le réchauffement climatique envahissent et détruisent leur habitat terrestre et marin. Ça fera beaucoup de bruit. De bons vœux pour la planète seront formulés, des aires protégées seront proposées, mais sur le terrain, pas grand-chose d’efficace non plus.

Pourquoi l’être humain est-il si lent à comprendre? Pourquoi ne respecte-t-il pas la nature et pollue constamment? Peut-être que c’est sa cupidité, son égoïsme qui l’emportent. «Après moi le déluge».

Les nombreux rapports d’experts (GIEC…) publiés ne soulèvent plus de doute. Les admirables militants de l’écologie (WWF, Greenpeace…) contribuent à l’éveil des consciences et à l’adoption de comportements écoéthiques. Davantage de citoyens et d’élus sont mobilisés. Des lois sont votées en faveur de l’environnement. Cependant, quand arrivent les décisions politiques collectives importantes, les lobbies bloquent tout avec leurs pétrodollars et leurs chantages en matière de contributions électorales ou de subventions.

Nous avons beaucoup à apprendre des peuples autochtones qui appellent la Terre «Mère». Ils se considèrent une partie indivisible de ses entrailles. Les différents éléments de la nature, y compris l’être humain, sont, pour eux, des membres du même corps. Toute entrave ou détérioration de ses constituantes les aliène et affecte directement leur harmonie ainsi que l’harmonie du territoire.

Ils déplorent le matérialisme mercantile de ceux qui la profanent avec des industries polluantes et des pesticides répandus partout. Si par nécessité, ils sont obligés de tuer un animal pour se nourrir, ils lui demandent pardon d’avance, le remercient pour son sacrifice, gardent sa fourrure et ses dents comme reliques. Ils l’appellent «ami supernaturel» et lui rendent hommage.

Je suis de plus en plus pessimiste, cynique. Puis-je rêver d’un avenir respectueux de la biodiversité, de la nature et des écosystèmes? Pourrions-nous un jour reconnaître, comme collectivité et État, la dimension noble et vénérable de la nature et arrêter de la chosifier, de la bafouer, de la détruire? L’humanité n’est qu’une infime espèce parmi d’autres. Les autres espèces ont également le droit de vivre.

Nous ne sommes point maîtres ou propriétaires de la Terre. Nous devons nous comporter comme de bons locataires qui doivent laisser la maison propre, en bonne condition. La sagesse amérindienne nous l’enseigne. Saurons-nous la comprendre et la vivre en conscience? Ce retour aux pratiques respectueuses ancestrales sera le début de notre progrès.

Bernard Anton,

Auteur de Living Earth

5 décembre 2022

Propos retenus du Secrétaire Général de l’ONU lors de la COP15 à Montréal. Antonio Guterres accuse le monde d’« utiliser la nature comme des toilettes… Cette conférence est notre chance de mettre fin à cette orgie de destruction… Je vais continuer à être chaque fois plus dur face à des pratiques qui correspondent à un suicide pour l’humanité… L’action climatique et la protection de la biodiversité sont les deux faces d’une même médaille… La triste vérité est que nous avons gâché notre monde. Nous ne pouvons pas refiler la responsabilité à nos enfants de le nettoyer… Ce n’est qu’en investissant dans la planète Terre que nous pourrons préserver notre avenir… C’est à nous de réparer le monde que nous avons… L’humanité est une arme de destruction massive contre la nature… Il n’y a pas de planète B. Il faut signer un pacte de paix avec la nature. Cette conférence est notre chance de mettre fin à cette orgie de destruction.  Je vous en conjure : faites ce qu’il faut. Agissez pour la nature. Agissez pour la biodiversité. Agissez pour l’humanité. »

Antonio Guterres demande trois actions concrètes: de la part des gouvernements, des industries et des pays développés qui doivent apporter un soutien financier massif aux pays plus pauvres du Sud, gardiens des richesses naturelles de la planète.

Une marche pour la Biodiversité se déroule à Montréal avec, comme participants, la mairesse de Montréal, le chef de Québec solidaire, Greenpeace et plusieurs délégations des nations autochtones candiennes et venues d’ailleurs.

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Par LecturesB

Bernard Anton, auteur québécois, revient avec un nouveau livre (il en a déjà écrit une cinquantaine), intitulé La muse – Nouvelles et récits. Ce recueil de nouvelles est paru aux Impliqués, maison d’édition spécialisée dans les domaines des sciences humaines et de la création littéraire. C’est ce qui colle parfaitement au style d’écriture de celui que certains connaissent mieux sous son nom d’artiste : Ben.

Bernard Anton est un humaniste, et cela se ressent profondément à la lecture de ce recueil de nouvelles. Il se soucie du bien-être des personnes, et c’est ce qui ressort de ces huit histoires courtes. Il croit en les valeurs humaines, et c’est ce en quoi croient également nombre de ses protagonistes.

Mais pour en arriver à un tel résultat (bien-être des personnes, croyance en la nature humaine), les personnages de ses histoires traversent d’abord des moments difficiles. Les huit récits nous montrent à quel point l’humanité peut être mauvaise. On peut prendre l’exemple d’Éva, une veuve de cinquante-neuf ans qui va être délaissée par ses enfants après avoir récupéré une partie de son argent, et par son second mari qui va se jouer d’elle à plusieurs reprises. On peut également évoquer Mike, un jeune vendeur très motivé qui va s’attirer la jalousie de ses collègues et devenir leur souffre-douleur. Mais l’histoire la plus poignante, celle qui reste en tête, est celle de Violette, une femme mariée qui se fait agresser en rentrant tard chez elle, après avoir raccompagné son amie qui a peur de se déplacer seule le soir.

Dans chacune de ces histoires courtes, c’est le drame. Il arrive quelque chose au protagoniste qui fait qu’il perd pied. Et pourtant, parfois, cela arrive à cause de leurs actions. Violette n’avait-elle pas idée que c’est dangereux de se promener seule le soir ? Éva ne voyait-elle pas que son entourage se servait d’elle ? Comme Bernard Anton, les personnages avaient certainement une grande foi en la nature humaine. Résultat : en voulant faire le bien, ce sont eux qui subissent les conséquences néfastes.

Mais c’est également une fois qu’ils sont au plus bas qu’ils peuvent alors apercevoir la lumière qui va les tirer vers le haut. Quand il ne semble plus y avoir aucun espoir, c’est toujours là qu’on découvre les petits bonheurs qui font avancer. Toutes ces épreuves n’auront pas été vaines, car elles mènent à quelque chose de plus joyeux, pour le protagoniste ou son entourage.

Bernard Anton a choisi le titre La muse pour son livre. C’est aussi le titre de la dernière histoire du recueil. Jeanne y est bouleversante. Cette amoureuse de la poésie subit les violences de son second mari qui ne supporte pas qu’elle en parle. Elle possède un ami très cher à son cœur à qui elle se sent obligée de confier ses carnets, de peur que son mari ne les découvre et ne les détruise.

J’ai beaucoup aimé le style poignant de ces histoires courtes. L’auteur y dénonce les dérives de l’humanité, tout en donnant l’espoir d’un monde meilleur. Le recueil se lit très vite, non seulement du fait de son nombre de pages restreint, mais aussi parce qu’on se prend d’affection pour chacun des protagonistes et qu’on veut découvrir ce que l’avenir lui réserve. La lecture est très fluide, et très riche en émotions. Petit bonus : chacune des histoires débute par un petit dessin et une citation, et se termine par un haïku, style poétique si cher à l’auteur.

« fugace existence / l’on s’y attache pour rien / – miroir éphémère »

27 novembre 2022

La muse de Bernard Anton : recueil de nouvelles et autres récits – PRO/PROSE MAGAZINE (wordpress.com)

Entrevue à CKVL

Avec Julie Châtelain, 24 novembre 2022

lien audio :

https://drive.google.com/file/d/1TBvPlGr_BmmzT3edRgn0WfyIQ00NYskt/view?usp=sharing

lien vidéo :

Entrevue avec Julie Châtelain de CKVL, 24 novembre 2022.

10 novembre 2022, entrevue parue dans Des auteurs et des livres (Magasine littéraire français)

A l’occasion de la récente parution de son recueil « La Muse », Bernard Anton nous a accordé un nouvel entretien exclusif autour de cet écrit.

Bonjour Monsieur Anton ! Votre recueil de nouvelles La Muse comprend plusieurs petites histoires sur de nombreux thèmes dont la vieillesse ou les dysfonctionnements de la société moderne. Vous êtes-vous inspiré de faits divers ayant vraiment existé pour imaginer vos récits ?

Engagé, oui. Politique, non. Pas, du moins, au sens fort du terme. Je ne suis pas de ceux qui habitent une tour d’ivoire et qui n’en descendent jamais. Je pense que les artistes doivent refléter les joies et les peines de leur époque, de leur environnement, en être solidaires. Quand j’étais très jeune, je croyais à l’art pour l’art. Mais depuis des décennies, ma conscience me pousse à défendre les démunis, les opprimés. Par exemple, je ne peux demeurer indifférent devant la crise climatique, la guerre en Ukraine, les injustices sociales, le mal qui sévit et brise des vies.

Tout ce que j’écris est vrai. Je n’ai pas l’imagination fulgurante des auteurs de science-fiction qui inventent de toutes pièces des histoires, des situations et des personnages farfelus, irréels. C’est le contraire. Je me base sur le réel. Le réel m’inspire et me nourrit. Il me suffit pour construire mes nouvelles. Celui qui sait observer trouve tant de choses à décrire autour de lui. Personnellement, ça me prend toujours un noyau vrai, des personnages que je connais, qui ont vraiment existé. Il faut que je m’identifie un peu à eux. L’empathie développe le reste. Une fois cette étape préliminaire franchie, je peux broder autour sans limites. Les éléments solides et tangibles doivent être là au préalable et me servir de fondement. J’en dégage ensuite les valeurs inhérentes ou leur portée humaine et les mets en valeur. Puis, je cherche la leçon de vie, le brin de sagesse qu’on peut tirer de ces faits vécus.

Les deux thèmes que vous évoquez me sont chers. En effet, je suis traumatisé par la vieillesse, la décrépitude et la maladie qui nous mènent (en nous malmenant parfois) jusqu’à notre fin dernière. Nous sommes trop beaux pour mourir. Nous devons vivre éternellement et en santé. La mort est un thème majeur dans mon œuvre. J’en parle souvent. Le dysfonctionnement de la société me révolte aussi. Je ne peux supporter le mal ni l’injustice sous toutes leurs formes.

Souvent, la poésie que vous chérissez tant s’invite dans ce recueil. Est-ce que vous avez inclus des vers écrits au préalable où les rédigez-vous en même temps que votre nouvelle ?

Les deux, en fait, selon le besoin. J’intègre, si nécessaire, un poème déjà écrit s’il colle parfaitement à la situation. Cela m’évite de me répéter. Par exemple, le poème Dysharmonie qui figure dans Le jeu en vaut-il la chandelle ? illustre adéquatement l’état d’âme de Mike Turn à ce moment-là. Alors, pourquoi pas ? Cependant, les haïkus à la fin de chaque histoire sont rédigés sur mesure, pour prolonger poétiquement la nouvelle.

Il m’arrive, mais c’est assez rare, de recourir aux poèmes des autres pour soutenir et enrichir mes propos, par exemple, la citation de quelques vers de Malherbe sur la fragilité de la vie dans La générosité de Violette. Je cite José-Maria de Hérédia à deux reprises. Je peux référer également à une ou deux phrases de chansons connues, ce qui donne une ambiance musicale à la scène décrite. Ces citations, comme les exergues, relèvent de l’héritage commun, d’une communion d’esprit. C’est ce qu’on appelle la culture. Je mêle ma voix à celle de mes prédécesseurs pour chanter en chœur !

Qu’est-ce qui est plus simple pour vous : écrire des nouvelles ou de la poésie ?

Bien sûr que la poésie est plus simple parce que plus courte. Dans mon cas, elle est souvent spontanée. Ça vient tout seul. Ça sort d’une façon naturelle. Mes plus beaux haïkus ont été écrits, sans effort, alors que j’essayais de dormir, ou en conduisant. Ça me tombe dessus, cadeau du ciel ! C’est de l’ordre de l’intuition. Je suis à l’écoute de mon inconscient et j’accueille ce qu’il a à me dire.

La nouvelle par contre est plus laborieuse. C’est un travail de longue haleine. « Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage », disait Boileau. Même pour mes nouvelles, j’ai été foudroyé par des bouts de phrases, en pleine nuit. Je les intégrais le lendemain au texte. Exemples : « Merci joyeuse fatalité », ou « Une vie réussie est composée d’une série de réjouissances », ou « N’y a-t-il pas plus de clémence et de droiture chez les Algonquins qu’au sein de notre société qui se vante fallacieusement d’être civilisée ? ».

C’est plus difficile, une nouvelle, au niveau du style, de la syntaxe. J’ai horreur, par exemple, des répétitions. Je vais donc à la chasse des synonymes. J’aime que mes phrases sonnent différemment, qu’elles sortent un peu de l’ordinaire, qu’elles portent mon empreinte. La prose est difficile, surtout quand j’essaie de la rendre souple, légère, poétique. Bref, moins prosaïque. Par exemple, quand je compare le poème à « une salade printanière dans laquelle on intègre les légumes de son jardin ».

À la fois, le poème et la nouvelle sont des « morceaux de vie », des fragments du quotidien, des photos d’événements lumineux que j’ai vécus ou dont j’étais témoin.

Ces deux genres littéraires émanent de la même source, pour moi, et ont une dimension verticale, c’est-à-dire un désir de s’élever, alors que la société, souvent inhumaine, nous happe vers le bas.

Il y a aussi le récit, plus linéaire, comme raconter un voyage (De Bruxelles à Florence) ou une série d’événements (L’œil de lynx de l’observateur). J’aime beaucoup ce dernier texte. Avec détachement et une attitude très zen, voire hindouiste et bouddhiste, le narrateur fait le tour de ses voisins avant de déménager. Nous avons là une brochette d’énergumènes qui représentent bien la diversité de nos communautés. C’est notre monde d’aujourd’hui. C’est une des forces de ce recueil : sa brûlante et vivante actualité.

Est-ce que vous considérez que votre ouvrage est engagé et politique ? Merci de justifier votre réponse en détail.

Toute mon énergie créatrice est au service du bonheur de l’être humain. Je veux son bien-être, son épanouissement. J’étais candidat au Parti vert, il y a plus de vingt ans. Je voulais m’engager politiquement pour servir efficacement la société. Je n’ai pas été élu ! Le destin voulait que je me consacre davantage à ma carrière littéraire. J’ai vécu durant la campagne électorale l’effervescence épouvantable du politicien. Ce dernier, s’il veut remplir sa tâche correctement, ne vit plus pour lui, mais pour les autres. Il doit être disponible à 100 % sur la scène publique, rencontrer les citoyens, répondre à leurs besoins énormes qui sont tous urgents. C’est assommant d’être constamment sollicité. J’ai failli faire une dépression.

J’aime la tranquillité, la solitude, la paix. En politique,  il n’y a que la guerre, le mensonge invétéré, le bluff et les attaques féroces des adversaires pour gagner le pouvoir. Non, je choisis de vivre d’une façon sereine et m’occuper de moi-même. Donc, l’écriture me convient parfaitement. Je suis toujours au service de la communauté, mais autrement, à mon rythme et discrètement. Mes ouvrages sont impliqués dans plusieurs causes humaines que je considère sacrées, car tout humain est sacré. Je mets mes talents d’écriture et de réflexion au service de mes lecteurs.

Selon vous, quels sont les ingrédients d’une nouvelle réussie ?

Une nouvelle, c’est un mini-roman. Presque les mêmes ingrédients, mais en abrégé. Moins de personnages et de détails. Pas de descriptions longues ni inutiles. La nouvelle permet d’aller droit au but tout en demeurant aussi valable, riche, grandiose et enrichissante. Il y a un début et une fin surprenante. Le protagoniste évolue. Tout est centré sur lui. Ça me convient parce que ma capacité de concentration est limitée depuis que j’ai eu un gros accident de voiture en 2005. LA MUSE est un recueil qui a été écrit il y a 5-6 ans. Je l’ai travaillé et retravaillé longuement. J’ai eu d’autres priorités, entre-temps, d’autres livres qui ont paru et qui me semblaient plus urgents. C’était écrit avant la pandémie et avant la guerre en Ukraine. Je ne sais pas comment je vais écrire après ces deux catastrophes. Mes nouvelles ont seront sûrement affectées.

Bref, pour réussir une nouvelle, l’émotion doit être poignante, originale, avec des éléments de surprises.

Avez-vous déjà un projet pour un autre recueil de ce type ?

J’ai deux manuscrits en chantier. Un autre recueil complètement consacré à l’Ukraine. Plus de 150 haïkus très forts qui vont encore plus loin que Lauriers pour l’Ukraine. J’y annexe une postface pertinente sur cette invasion injuste. J’ai, en outre, un autre recueil de nouvelles qui seront assez sombres. Je les lis et relis depuis 6-7 ans. Je les laisse décanter comme on fait avec le vin pour qu’il soit encore plus pur et plus délicieux. De plus, une réédition d’un essai sur l’environnement, Living Earth, publié en traduction anglaise en 2011, va paraître bientôt. Vous voyez ? C’est pas mal occupé. Je suis maintenant à la retraite et j’en profite pour me consacrer davantage à mon œuvre.

Journal l’Info du Nord Sainte-Agathe,

Extraits parus dans l’édition du 9 novembre 2022, page 12

J’ai lu que vous vivez au Québec et êtes publié sur deux continents. Je souhaiterais que vous présentiez succinctement votre parcours de vie (singulier) pour qui ne vous connait pas encore ou pas assez.

Je suis un retraité de l’enseignement depuis le 30 juin dernier. J’ai enseigné le français durant 35 ans à Montréal puis à Laval. Je suis également hypnothérapeute. Le rapport au spirituel m’intéresse beaucoup, car il donne un sens autre, une profondeur à notre vie. Ça rend l’invisible un peu plus visible et plus accessible. Mes livres ont été publiés au Québec, aux États-Unis et en France. J’écris de la poésie, des nouvelles, des essais, du matériel pédagogique…  Je suis un citoyen universel. Je redécouvre chaque jour le monde et ses côtés parfois bien sombres. Je vise le bonheur et le bien-être de l’humanité.

Certaines de vos œuvres, de Beauté perforée à Lauriers pour l’Ukraine en passant par Montagnes de Cendres, semblent des balises tantôt personnelles tantôt collectives comme un dosage équilibré de « moi » et de nous ». Qu’en pensez-vous ?

Le « nous » inspire le « moi ». Je suis à l’unisson avec mon environnement qui me nourrit. Des circonstances fortes, comme la pandémie, la crise environnementale, la guerre en Ukraine ou la souffrance des personnes que je côtoie ébranlent ma conscience. Écrire selon moi, c’est réagir, traduire en mots ce qui m’entoure, ce que je vois, ce que je ressens. Je donne vie aux événements en les transcrivant. L’écriture me permet d’aller plus loin dans ma réflexion et de vivre pleinement mes émotions. C’est un exutoire thérapeutique. Je suis gêné de parler de moi, alors je m’exprime à travers mes personnages, j’épouse les hauts et les bas du « nous » tout en demeurant moi-même.

Le titre de la dernière nouvelle (La muse) qui est aussi le titre du recueil, est-il emblématique du message général (aux humains) que vous voulez transmettre ?

Le titre LA MUSE a été choisi à la dernière minute. C’est en effet le titre de la dernière nouvelle. Pourquoi ce choix ? Parce que des amis m’ont dit que c’est le plus beau texte du livre. Parce que, aussi, dans chaque histoire de ce recueil, il y a une femme qui est présente, qui regarde, qui conseille, qui agit, qui intervient, qui trouve une issue… Donc, c’est un dénominateur commun. Le titre que j’avais retenu pour ce livre, auparavant, c’était « Moments d’éclaircies », car à la fin de chaque texte, les antagonistes trouvent la solution à leurs problèmes ou comprennent mieux la portée de leur vécu grâce à une petite lumière qui apparaît enfin au bout du tunnel. Mon message général ? J’invite mes lecteurs à s’observer vivre, à observer leur entourage, comme s’ils étaient assis dans une salle de cinéma devant un film. Il y a une force qui nous dépasse et qui orchestre le tout pour le mieux, même si ça va mal. C’est une façon zen de vivre.

L’échec tragique du couple de La muse ne découle-t-il pas d’une incompatibilité entre un individu tellurique, prosaïque et une poétesse céleste et éthérée ? Et qu’en somme, pour s’entendre (conjugalement), il faut se ressembler pour se rassembler.

Oui. Mais la différence peut être également une richesse. L’échec advient quand il n’y a pas d’écoute, pas de compromis, pas de dialogue, pas d’ouverture. Parfois aussi, à cause d’un mauvais choix de part et d’autre, à cause de l’aveuglement, à cause de la violence et de la méchanceté qui sévissent et qu’on n’arrive plus à maîtriser. Il faut savoir arrêter la tension qui monte avant que ça explose. J’aime beaucoup l’histoire de la grenouille qui finit par mourir dans l’eau bouillante du chaudron. Elle devait sortir de l’eau alors qu’elle était encore tiède. On doit demander de l’aide avant que la guerre n’éclate et que l’irréparable arrive. Les gens débonnaires payent cher le prix de leur bonté. Je suis pour l’amour, pour la douceur, pour la patience, pour le pardon, mais aussi pour le divorce quand les choses ne tournent plus rondement. Durer, ce n’est pas endurer ! Il faut vivre heureux.

De quelle manière avez-vous écrit De Bruxelles à Florence ? Au fur et à mesure, en direct comme le faisait Kerouac ou bien en écrivant la majeure partie à la maison sur la base de vos souvenirs et de vos annotations ?

J’ai écrit ce texte en direct. Au fur et à mesure. J’en avais le loisir, j’étais en train et les trajets étaient longs. Je n’avais rien d’autre à faire qu’admirer la beauté des paysages et digérer ce qui m’arrivait. Je notais tout simplement. Je ne savais pas que j’allais en faire un récit de voyage. Je suis allé plus loin que Florence, mais j’ai arrêté l’histoire là parce que je ne voulais pas rallonger le texte. Ce récit est authentique. Ces personnages rencontrés existent vraiment. Je les ai écoutés. J’ai découvert leur belle personnalité. J’aime beaucoup tendre l’oreille, apprendre à partir du vécu des autres, m’enrichir de leurs expériences, de leur vision du monde. Bien sûr, j’ai changé plusieurs détails pour respecter leur vie privée. Ils étaient le point de départ, le noyau de vérité sur lequel je me suis basé pour broder après. Je suis rentré sous leur peau. J’ai mis des paroles dans leur bouche. J’ai intensifié leurs émotions.

Il y a 3 récits personnels et 5 nouvelles. Deux catégories et donc deux approches d’écriture, deux philosophies distinctes ?

Non, tout simplement deux genres littéraires distincts. Je compare mon contenu à une pâte de gâteau. Je la verse dans des contenants, des moules différents, alors ils prennent une forme différente. Mes personnages sont parfois plus forts que moi. Parfois, je les guide, parfois ils me guident. Ensuite, selon l’évolution de l’écriture, j’essaie d’analyser le texte et lui alloue l’étiquette qui lui convient. Mais vous savez, je n’aime pas les étiquettes. Que ce soit ce genre ou ce genre, ce n’est pas important. L’essentiel, c’est la beauté et l’efficacité du produit final, au-delà des formes académiques bien définies.

Quels auteurs vous ont inspiré ? Et pourquoi ?

J’aime Shakespeare. Il est grandiose, mais trop sanguinolent des fois. J’aime Gabriel Garcia Marquez et Guy de Maupassant pour leur réalisme et la qualité de leur écriture. J’aime Basho pour son style poétique zen et si dépouillé.

Recueil de nouvelles et de récits, éd. Les Impliqués, Paris, sept. 2022

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« Imaginaire unique et original.

Cet ensemble de textes se dévore rapidement et permet un instant de divertissement, mais toujours sous un angle engagé.

Le lecteur est confronté à l’injustice sociale. Certains protagonistes sont mieux traités que d’autres, bénéficient de privilèges – tandis que d’autres luttent pour se faire une place.

Au sein d’une société qui protège parfois les bourreaux au détriment des victimes, le discours de Bernard Anton se veut dirigé vers le monde. En réalité, l’artiste dépeint la corruption, mais aussi les vices d’un système où l’éthique passe après l’intérêt.

Un livre qui ressemble à un portrait « clair-obscur ». Avec un habile jeu de lumière, où l’ombre n’est jamais très loin… Pour cet idéaliste qui condamne souvent l’humanité pour sa violence, le poète garde également son âme d’enfant.

A la fois sage et provocateur, il réussit avec brio ce « mix » à lire, une petite pépite qui donne envie de dévorer la bibliographie entière de Bernard Anton. »

Zack SEMINET   https://culture-evasions.fr/2022/10/14/la-muse-de-bernard-anton-un-recueil-de-nouvelles-et-recits-poetique-et-moderne/ 14 oct. 2022

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« Fervent défenseur de l’humanité, cet optimiste n’hésite pas à écrire pour dénoncer les vices de la société.

Profondément convaincu que l’Homme avec un grand « H » peut s’opposer à sa propre nature malsaine, Bernard Anton utilise l’Art pour transmettre ses idées sous la forme de haïkus et d’histoires. Ici, ce recueil de nouvelles et récits est vraiment accrocheur. Avec huit intrigues faciles à lire, l’auteur souhaite brasser différents sujets qui lui tiennent tant à cœur.

Les situations stressantes et les injustices décrites ont pour but d’alerter le lecteur. En ouvrant l’œil sur un monde multiple où chacun est différent, l’angle principal repose sur la tolérance et l’acceptation de l’autre.

Le recueil La Muse offre une lecture engagée et éprouvante. Pour un artiste qui aime mettre l’accent sur la beauté de la nature, il convient aussi de ne pas se noyer dans l’idéalisme: il faut aussi dénoncer les bassesses de l’humanité.

La brièveté des récits et nouvelles permet à tout le monde de s’accorder un instant de littérature, en présence d’un poète écologiste, féministe et résolument généreux. »

Patrick DELORT  https://www.francenetinfos.com/la-muse-de-bernard-anton-223323/  17 oct, 2022 

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« Un recueil d’histoires qui ont toutes un point commun : elles racontent des tranches de vie dans lesquelles les personnages sont anéantis suite à  des rencontres malheureuses, des amours toxiques, ou des choix qui les ont menés à  leur perte. Et c’est en étant au plus bas qu’ils se rendent compte à  quel point une simple petite étincelle peut les ramener à  la lumière… et vers le bonheur !

Des épreuves difficiles, chacun des personnages de ces huit histoires vont en vivre. Trahisons, indifférence, jalousie, amours toxiques, solitude… sont autant de sujets traités dans les nouvelles de Bernard Anton. Plusieurs de ces histoires sont dures, d’autres simplement tristes. Et elles sont d’autant plus poignantes qu’on s’est attaché à ces personnages auquel le destin joue de mauvais tours. Ils font tout pour réussir, tout pour aimer leur prochain, tout pour leur bonheur et celui des autres. Mais le sort en aura décidé autrement.

Heureusement, il y a toujours un moment ou un autre où une étincelle vient illuminer leur vie, un événement qui vient leur redonner du courage et de la joie de vivre. Mais est-ce que ce sera suffisant pour qu’ils poursuivent leur chemin heureux ?

Les nouvelles de Bernard Anton se lisent très facilement. Il possède une écriture accessible à tous, et jamais, malgré les circonstances, on ne se sent mal à l’aise. On s’attache, on ressent de la tristesse, on voudrait que tout se termine bien pour les personnages, et même si ça finit mal, on a apprécié les moments qu’on a passés avec chacun d’eux. La lecture est fluide, et laisse une place toute particulière à la poésie dont l’auteur est si friand !

Mélanie NICAISE   https://www.justfocus.fr/bande-dessinee-comics-litterature/la-muse-bernard-anton-nouvelles-et-recits.html 29 sept. 2022

Quelle mascarade que le discours décousu de Poutine, le 29 septembre! Ce désespéré sait bien que son armée a perdu la guerre en Ukraine et le voilà qui joue la carte du triomphalisme. Il tente de récupérer des régions perdues sur le terrain en les légitimant sur papier. Ses paroles sont bourrées de mensonges, de faussetés. Il se contredit, prétend qu’il ne veut pas restituer l’URSS, puis regrette son effondrement qu’il décrit comme une erreur.

Sa version erronée de la réalité s’apparente à de la paranoïa pure. Il étale, convaincu, sa vision unique, son fascisme. Il avoue ouvertement qu’il lance sa guerre contre le monde libre et considère les Ukrainiens comme des frères qu’il accueille avec son cœur, alors qu’il les massacre. Il fait le procès de l’Occident, de sa culture, de son histoire, de sa politique, l’accusant d’hégémonie, d’impérialisme et de violence, alors que c’est exactement lui qui agit de la sorte. Il lui reproche de vivre dans la négation de la liberté alors que c’est lui qui impose la dictature à son peuple, force ses hommes à faire malgré eux la guerre et élimine oligarques et opposants à sa guise.

Il ose, à la fin de ses 36 minutes fastidieuses, se référer à des paroles du Christ «on les reconnaît à leurs fruits», alors que ses génocides, ses tortures, ses destructions massives, ses nombreuses exactions sont si peu chrétiens.

Et un parterre de dignitaires applaudit chaque cinq minutes comme des moutons. Une vraie pièce de théâtre dans un décor de théâtre, avec une mise en scène et un acteur frelatés. Aucun ne s’est levé pour dire que c’est du bluff !

La condamnation internationale sans équivoque de l’Occident n’est pas suffisante et trop faible par rapport à l’affront énorme qu’il porte à toutes les valeurs et les règles humaines, jour après jour. Les sanctions additionnelles n’auront pas plus d’effet. Cette annexion de territoires ukrainiens à la Russie, à la suite de faux référendums organisés dans les régions occupées, est qualifiée, certes, par les États-Unis, le Canada et l’Union européenne, de parodie, de saisie de terres, de tentative frauduleuse, de falsification, d’illégalité, de sape de l’ordre international, d’attaque contre la démocratie, de violation des droits fondamentaux de l’Ukraine et de danger pour la sécurité mondiale. De plus, Biden avertit que toute personne, nation ou entité qui soutiendra cette annexion sera aussi sanctionnée. De son côté, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, affirme illico : « C’est une escalade dangereuse. Elle n’a pas sa place dans le monde moderne. Elle ne doit pas être acceptée. » Toutes ces déclarations, malgré leur bonne volonté, demeurent des paroles vaines, des vœux pieux.

Il est temps de suspendre la Russie, comme membre, de tous les Conseils de l’ONU, y compris du Conseil de la sécurité puisqu’elle ne respecte aucune de ses règles, et menace justement la sécurité mondiale avec son arsenal nucléaire. L’ONU l’a déjà suspendue jusqu’à nouvel ordre, en avril 2022, du Conseil des droits de l’homme à cause de son invasion de l’Ukraine.

Ce régime totalitaire ne reprendra son siège qu’après s’être retiré de tout le territoire ukrainien, y compris de la Crimée, et qu’après avoir fait amende honorable. Là, ça fera sûrement réagir. Cela se produira-t-il? Peut-être. Il ne pourra plus opposer son véto et il verra bien qu’il a lui-même choisi de devenir un vrai paria dans le monde occidental.  

Ne pas agir fermement face à ces innombrables affronts, crimes, violations, c’est lui donner raison. Même l’encourager à gruger d’autres terres bientôt et à les déclarer, après d’autres référendums bidon, intégrées à sa Fédération.

Comment protéger l’Ukraine des futures invasions? Son entrée accélérée dans l’OTAN serait une bonne garantie.

Il serait pertinent, en outre, alors que des changements dans la structure de l’ONU circulent entre les branches, d’inclure une clause qui stipule que tout pays qui ne respecte pas les règles fondamentales de cette Organisation sera suspendu. Ce sera une leçon pour les réclacitrants du futur.

Bernard Anton,

Auteur de Lauriers pour l’Ukraine

Le cirque du pardon

Cet article a été publié par plusieurs journaux au Québec et en France quelques jours avant la visite du pape au Canada.

L’institution-église n’a pas la compétence de traiter du pardon, car depuis des décennies, elle ne cesse de camoufler sciemment les méfaits de son clergé commis partout dans le monde. Elle dénigre le pardon dans sa pratique relationnelle et cultuelle. Elle se pense immunisée. En vérité, elle ne défend nullement le droit, la justice et le pardon qu’elle doit défendre. Du coup, elle est démissionnaire et ses requêtes ne sont pas entendues.

La visite du pape François aux communautés autochtones et sa demande de pardon en juillet 2022 au Québec n’ont de valeur ou de poids que si cette institution change d’attitude, corrige et répare les innombrables crimes commis par ses membres.

Nul besoin d’institution

Jésus n’a pas demandé de fonder une institution. Il était contre le mercantilisme et l’hypocrisie cléricale du temple de son époque. Il a plutôt demandé de prier dans le secret de sa chambre. Donc, nul besoin d’intermédiaires et de faux représentants qui abusent de la naïveté des gens. Nul besoin d’un organisme qui impose ses quatre volontés et asservit les consciences. L’institutionnalisation du christianisme, calqué sur le modèle païen, n’est arrivée qu’au IVe siècle, après la conversion de Constantin et de l’empire romain. Le message original a été déformé.

Critères du pardon

Selon le mécanisme même de la démarche de réconciliation, il n’y a de pardon qu’après une pleine et juste réparation, sinon, c’est une blague, une autre injustice flagrante qui s’ajoute à celle déjà commise. Or, comment ramener la dignité à ceux et celles qui ont été maltraités, offensés, torturés, enterrés en cachette, sans nom, pour en éliminer jusqu’à la trace et l’existence ? Comment monétiser ces actes monstrueux ? Comment réparer et purifier la mémoire ? Comment ramener la confiance aux générations futures et aux proches encore traumatisés par des révélations nouvelles qui n’en finissent pas de sortir ?  Un autre cimetière caché vient d’être découvert la semaine dernière. Sûrement que d’autres seront bientôt divulgués.

Les robes noires estiment qu’il serait facile de simuler le pardon et l’intégrité en recourant à l’apparat et à l’autorité qu’elles pensent détenir, alors que ce n’est pas le cas. Elles n’ont de pouvoir que ce que nous leur accordons. Elles seraient, au fond, deux fois plus responsables de ces torts parce que conscientes de leur gravité morale.

Aucun changement depuis le sommet de février 2019

Le sommet de février 2019 pour la protection des mineurs a promis un vent nouveau, une ère de ménage et de réparation. Rien n’a été fait depuis déjà plus de trois ans. Ce n’étaient que des vœux pieux pour se sauver la face et redorer son blason. Du bluff comme d’habitude et comme ce que nous allons entendre durant les jours qui viennent. Et l’on embarque dans ce défilé de sentimentalisme religieux, crédules et vulnérables.

Où est la volonté de s’amender honorablement ? Quels gestes concrets ont été posés pour extirper ce cancer généralisé ?

Exemple flagrant

Un ami a envoyé plusieurs lettres enregistrées au Vatican et à la nonciature apostolique d’Ottawa, encouragé par les promesses de rectitude et de transparence dudit sommet. Il réclamait la démission et la suspension d’un évêque qui a giflé, ensanglanté et brisé les lunettes d’un marguillier en pleine messe. Une escouade policière est arrivée. Elle a vidé le temple et l’évêque en question était sous arrestation. Cependant la victime, voulant garder sauve la réputation de sa communauté, n’a pas porté plainte ni engagé les poursuites au civil. Il a voulu qu’on lui rende justice à l’interne, en église. Ce fut l’omertà, la loi du silence de la part des autorités ecclésiales, aussi blessante que l’agression physique et psychologique subie. Cet évêque a eu des promotions depuis et a été reçu avec tous les honneurs, malgré le dossier volumineux de témoignages acheminé contre lui. Il se balade partout, avec ses dorures, impunément. Comment croire alors cette volonté promise de rectification et de repentir ?

Naïveté d’une démarche qui dérange

La demande de pardon de François est celle d’un pape bon enfant. L’institution, tellement rigide, ne suit pas. La preuve, lors de la visite de la délégation autochtone au Vatican l’hiver dernier et lors des rencontres officielles, seulement deux cardinaux étaient présents. Aucun intérêt pour les autres qui brillaient par leur absence. Pourquoi tourner le couteau dans les plaies et essuyer des reproches ?

Cynisme et abus de pouvoir

Ça prend un changement d’attitude pour légitimer et authentifier le pardon, sinon, ce n’est qu’un cirque cynique, un défilé de paroles creuses, une occasion de plus pour se moquer de la bonne foi des gens.

L’église n’est pas l’institution, mais la réunion de quelques fidèles qui aiment le transcendant. Tout le reste est parure, fioriture.

Bernard Anton, PhD. théologien,

auteur de Lettre à poster

Malgré leur accueil des demandes de pardon du pape en sol canadien, plusieurs chefs autochtones, dont Konrad Sioui et RoseAnne Archibald, ont persisté et affirmé qu’elles étaient incomplètes et insuffisantes. Qu’est-ce qui manquait justement?

Pardon incomplet

1) Les demandes d’excuses ont été exprimées à propos des actes de violence physiques, mentaux et spirituels commis. Pas un mot sur ceux de portée sexuelle à Edmonton. Il s’est rattrapé à Québec.

2) Les formulations étaient d’ordre général quant aux responsables des méfaits : «pardon pour le mal commis par certains nombres de catholiques» dit François. Aucune mention des prêtres et religieuses fautifs ni de l’institution-église impliqués.

3) L’abrogation de la doctrine de la découverte n’a pas été prononcée. Aucune mention des pratiques génocidaires de l’institution-église depuis le début des colonisations. Un pape ne peut contredire ou annuler d’autres papes qui ont signé des bulles autorisant de telles assimilations morales et physiques forcées. Notons que ces crimes ne se sont pas seulement déroulés au XVe siècle, mais durant les cent cinquante dernières années alors que les droits de la personne et d’autres chartes avaient été promulgués.

4) La nécessité de sanctions adéquates et de compensations financières n’a pas été mentionnée. Il appert qu’aucun sou n’a été encore versé. On parle de 40 000 $ seulement pour chaque victime, ce qui est dérisoire, vu les décennies de souffrance et les vies traumatisées ou happées.

Déclaration sur le génocide culturel

Cependant, la reconnaissance in extremis devant les journalistes du génocide culturel dans son avion qui ramenait le pape à Rome, devait avoir un effet de tsunami institutionnel et politique. Cela ne semble pas encore provoquer des vagues tangibles. Sûrement que ça remue fortement au plus haut niveau dans les coulisses. Une telle parole explosive ne peut demeurer sans conséquences et ne peut être glissée sous les fleurs du tapis.

Ce voyage pénitentiel prend maintenant des dimensions incroyables. La référence explicite au génocide allume un bûcher où les coupables devraient monter conjointement et solidairement pour expier leurs offenses: «(avoir) contribué aux politiques d’assimilation culturelle et de séparation» spécifie le pape.

Le crime de génocide, organisé et planifié délibérément en vue d’éliminer un peuple et sa culture, est cent fois plus grave. Il ne concerne pas seulement un individu ou «certains nombres de catholiques», mais des communautés entières sur des siècles. Ces atteintes aux droits des peuples autochtones du Canada orchestrées par un État et des institutions religieuses, répondent aux critères de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (1946) de l’ONU.

L’ampleur des chiffres parlent par eux-mêmes : 150 000 enfants enlevés de force à leurs parents, 6 000 pensionnaires qui périssent à cause de mauvais traitements et enterrés en catimini… De tels gestes ne peuvent nullement être mis sur le dos des pratiques usuelles de l’époque.

Crime contre l’humanité

On doit s’attendre à des sanctions proportionnelles au crime de génocide qui est un crime contre l’humanité. Son effacement nécessite une réparation à la hauteur. Les médias rapportent la possibilité d’octroyer des terres pour compenser.

L’accusation ne vient pas seulement de l’extérieur (la Commission de vérité et de réconciliation mentionnait déjà un génocide culturel en 2015) ni encore d’un tribunal, mais de l’intérieur. Le pape lui-même s’auto-condamne, condamne son institution et l’État, pris dans le piège.

Comment réparer les pots cassés?

Du côté de l’institution-église, les membres de la curie romaine peuvent prétendre que cette déclaration est privée et ne les engage pas. Ce n’est pas prononcé ex cathedra. Il n’avait ni sa mitre (anciennement tiare) sur la tête ni sa crosse dans la main. Ils n’ont pas été consultés, donc ce n’est pas un geste collégial. Cette opinion n’est pas officielle. Exactement comme quand, dans un autre avion qui le ramenait de voyage, il a démontré une ouverture à l’endroit des gais en proclamant : «Qui sommes-nous pour les juger?» Même pas un an après, un synode des évêques sur la famille étouffe cette avancée et confirme la position opposée. On n’en a plus entendu parler.

De plus, selon le dogme de l’infaillibilité de l’institution-église, qu’un pape abroge les écrits d’autres papes (en l’occurrence la bulle Inter Caeterade édictée en 1493 par Alexandre VI qui offre des terres aux pays colonisateurs et bénit l’assimilation totale des peuples envahis à la foi catholique) prouverait qu’elle s’était trompée dans son jugement et ses pratiques séculaires en matière d’application de la foi. Ce qui est inacceptable pour le magistère. Cette première ouvrirait la porte à d’autres abrogations comme celle de leur position millénaire contre l’ordination des femmes et les gays.

Cette déclaration imprévisible a des conséquences extrêmement lourdes de ce côté de l’Atlantique aussi. Comment le pape qui préside à la charité va-t-il entraîner les prélats canadiens à réparer ce génocide irréparable? Ces derniers, à l’ego prépondérant, ne sont pas chauds à l’idée de s’auto-flageller. Un synode pancanadien sur le sujet arriverait à point nommé afin qu’ils reconnaissent leur responsabilité dans ces torts et posent les gestes concrets et satisfaisants pour réparer l’irréparable. Suivra une lettre post-synodale papale qui formulera les demandes complètes de pardon.

Du côté du gouvernement fédéral, des compensations financières et territoriales doivent être négociées à l’entière satisfaction de tous les Autochtones blessés.

Les actes tangibles de réparation à ces deux niveaux, ecclésial et gouvernemental, complèteront la deuxième moitié manquante au processus de pardon entamé.

Du cirque du pardon au cauchemar de la réparation

Le pèlerin venu rayer le feu l’embrase, voire l’amplifie, sous le regard sceptique des observateurs. C’est peut-être pour mieux l’éteindre.